Dernière Renaissance

Pendant toute sa vie, une feuille d’arbre subit une série de changements, y compris sa couleur. Elle la change du vert au jaune et au brun. A la fin, elle meurt et sèche.

J’existe maintenant à l’intérieur d’un printemps qui ne peut pas être remplacé. C’est ma dernière renaissance. Je marche sur une route peu fréquentée, la seule que j’aie jamais connue, une nouvelle route brillante avec un peu de brouillard. Sur les trottoirs, je vois une feuille qui a une peau lisse, comme celle d’un nouveau-né. Je continue à marcher, elles sont partout : les feuilles de judée, de photinias, de fustets, d’elaeagnus, d’olivier, de pommier ; violettes, roses, toutes les nuances de vert ; aussi longues que les mains et aussi courtes que les petits doigts ; elles viennent de naître et elles ont une longue vie devant elles.

« Je marche sur une route peu fréquentée
La seule que j’aie jamais connue
Je ne sais pas où elle mène
Mais je m’y sens chez moi et je marche seul »

Je continue à marcher, il fait de plus en plus chaud. Les arbres et les feuilles sur la route que je prends reflètent exactement la vie : la jeunesse et la joie d’être jeune, brillant de mille feux, produisant plus de chlorophylle que jamais grâce au soleil brillant. Tout est vivace et frais comme un gardon. J’aime la façon dont l’été me prend dans ses bras comme une couverture chaude. C’est comme si j’étais assis devant un feu de camp et que je regardais tout brûler en blanc, jaune, orange, rouge et bleu ; les étincelles et les vers luisants sont suspendus dans l’air comme des feuilles en été, les feuilles qui ont la couleur verte la plus sombre comme l’aspect d’un gouffre géant dans une nuit obscure intense.

L’été est venu et passé. Je flotte comme les feuilles d’automne : fragile, ratatinée, ridée. Avec lui, l’automne amène une explosion de couleur : une vraie fête visuelle, mais aussi le commencement de la chute.
Où que je regarde, où que je marche, c’est comme l’arc-en-ciel : jaune, orange, rose, rouge, violet, bleu, vert, brun, même noir !
Les arbres et les feuilles sur la route que je prends reflètent exactement la vie : la maturité, et la joie d’être mature.

Je marche sur les cheveux des arbres qui ont déjà commencé à rougir. Ô arbres, séchez vos cheveux au soleil ! Les rougeurs mouillés et lourdes, elles n’ont plus beaucoup de temps. La fin viendra un jour ou l’autre.
La mélancolie a recouvert tout le monde.
Bonjour tristesse.

Les feuilles vertes virent au brun, elles se fanent avec le vent et se détruisent en morceaux dans la main.

« Je marche sur une route peu fréquentée
La seule que j’aie jamais connue
Je ne sais pas où elle mène
Mais je m’y sens chez moi et je marche seul »

La route touche à sa fin, moi aussi. Le monde que je vois a commencé à changer si rapidement que je ne peux pas le suivre, tout comme les feuilles d’automne celles qui ont les couleurs du soleil et de la mort, mais je suis en hiver maintenant.
Les feuilles semblent être les vêtements des arbres. Bien, avec l’arrivée de l’hiver, deviennent-ils nues ? Oui, peut-être, c’est possible. Mais peut-être que ses bras ne sont pas assez forts pour porter en même temps les feuilles et les dizaines de tonnes de neige, la neige qui enterre tout avec une noirceur blanche, apportées par le froid et l’hiver ! Et donc, les arbres se défeuillent. Non parce qu’ils n’aiment pas leurs vêtements ou qu’ils les détestent, mais parce qu’ils sont obligés de le faire ! Comment puis-je les blâmer ? Ou bien, leur seul but est de faire de la place pour leurs nouveaux accessoires, la neige, en laissant tomber leurs feuilles, les rendant des feuilles sublimes.
Qui sait ?

« Je marche dans cette rue déserte
Dans le boulevard des rêves brisés
Quand la ville dort
Je suis le seul et je marche seul »

La route a pris fin, moi aussi. Le monde que je vois est tout différent maintenant. C’est un autre endroit où les créatures peuvent rejoindre les étoiles. Je suis seule, et je vois seulement une blancheur divine.
« J’arrive ! » dis-je. « J’arrive tout de suite ! »

Adieu tristesse.

Yorum Gönderin